Ce document a été adopté lors de la réunion du Saint Synode de l’Église orthodoxe russe les 25-26 décembre 2013 (minute n°132)

Les derniers mois de l’année 2013 ont été marqués par des désordres en Ukraine qui nous ont profondément inquiétés et sont douloureusement ressentis par l’ensemble de l’Église russe une et multiethnique, avec ses millions de fidèles.

Nous prions pour la paix en Ukraine. Nous demandons au Père céleste de ne pas permettre la division et l’aveuglement spirituel d’un peuple qui vit depuis plus de mille ans dans le sein de l’Orthodoxie. Nous espérons qu’aucune discorde politique ne mettra fin à la communion fraternelle et au soutien que nous nous apportons mutuellement.

Nous souhaitons sincèrement la réconciliation des différents groupes ethniques et sociaux et celle des partisans de différents courants politiques. Nous rappelons que le Seigneur, par la voix de l’apôtre Paul, nous appelle « autant que possible, pour ce qui dépend de nous, à vivre en paix avec tous les hommes » (Rom, 12, 18).

L’unité de l’Église dépasse les frontières politiques. L’Église orthodoxe russe a un souci particulier de la communauté spirituelle qui attache les peuples issus du baptistère de saint Vladimir. L’Église russe s’est formée depuis plus de mille ans. Cette unité spirituelle, nous l’avons héritée de nos pères et nous devons la transmettre à nos enfants.

En amenant jadis un peuple uni au baptistère du Dniepr, le Seigneur lui-même a montré à nos ancêtres la voie de l’unité, voie qui dépasse les divisions humaines. C’est pourquoi nous aimerions rappeler qu’ils pèchent lourdement ceux qui veulent l’éclatement de l’Église pour des raisons politiques.

Nous comprenons que les citoyens ukrainiens ont des avis différents sur l’avenir de leur pays et nous respectons le droit de son peuple à choisir sa voie propre. Mais il importe grandement que ce choix soit vraiment populaire, libre, fondé sur la connaissance des « pour » et des « contre », et non pas un choix dicté par une volonté extérieure. Que les partisans des différentes options parlent au peuple en recourant à des moyens pacifiques et légitimes, qu’ils dialoguent paisiblement entre eux, en gens responsables. L’Église est prête à aider les différents groupes publics à dialoguer et à rechercher les bonnes décisions.

Par ailleurs, nous sommes convaincus de ce qu’aucune bonne décision ne pourra être prise dans le feu de la haine et de l’inimitié. L’histoire du XX siècle a démontré clairement que les discordes entre citoyens, et les révolutions plus encore, ne contribuent pas au bien des peuples, car elles libèrent des passions viles et funestes.

La position de l’Église quant à la situation actuelle ne doit pas refléter les préférences d’un jour de telles ou telles personnes, mais la justice divine, sans laquelle le bien des peuples est impossible. L’Église défendra toujours les valeurs morales éternelles données par Dieu, sur lesquelles s’est appuyée durant des siècles et, espérons-le, continuera à s’appuyer, la vie de nos peuples héritiers de la Rus’ historique. Seuls ces fondements assurent une vie digne aux hommes. Ils sont seuls à offrir un avenir au peuple d’Ukraine. C’est pourquoi le choix historique du peuple ukrainien ne doit pas amener la destruction de ces valeurs immuables et salutaires.

Nous vous appelons tous : souvenez-vous que l’émancipation des mœurs finit par détruire des peuples entiers, les vidant de leur âme, anéantissant en même temps les âmes des personnes en particulier, leur pureté et leur intégrité. La famille est la première à souffrir. Au IV siècle, saint Jean Chrysostome prévenait : « Lorsque la famille se désintègre, les villes tombent et les états sont renversés. » La voix de ce docteur de l’Église antique semble ainsi s’adresser à nos contemporains. Le métropolite Vladimir (Bogoïvlensky) de Kiev, nouveau-martyr, écrivait : « La société humaine est toute entière fondée sur la famille ; c’est d’elle, comme un bâtiment de ses fondations, que la société tire sa solidité et sa stabilité ». Voilà pourquoi il importe aujourd’hui de maintenir la loi morale immuable donnée par Dieu sur la vie familiale et sur toutes les autres sphères de l’existence, y compris le domaine public et l’état.

Nous appelons les pasteurs et les fidèles de notre Église à prier et à tout faire pour que le peuple ukrainien, de même que tous les peuples unis spirituellement dans la Sainte Russie bâtissent leur vie sur la justice divine, dans la paix et la piété.

A la veille de la fête de la Nativité du Christ, vous assurant tous, chers frères et sœurs, de notre amour, nous souhaitons que la paix demeure dans les cœurs, nous souvenant que c’est précisément un témoignage de paix qui a été la première nouvelle annoncée par les anges dans la nuit de la naissance de l’Enfant-Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Lc 2, 14).