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Discours de Sa Sainteté le patriarche Cyrille…

Discours de Sa Sainteté le patriarche Cyrille après la liturgie à l’église du Christ-Sauveur, à laquelle participait une délégation de l’Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale

Le 3 novembre 2019, Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie a célébré la Divine liturgie à l’église cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, avec la participation de l’ordinaire de l’Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale, l’archevêque Jean de Doubna, et les membres de la délégation de l’Archevêché ayant rang ecclésiastique. A la fin du service divin, le primat de l’Église orthodoxe russe a prononcé un discours :

Éminences et Excellences,

Éminence, cher Monseigneur Jean,

Chers pères, frères et sœurs,

Nous avons écouté aujourd’hui la parabole évangélique du riche et du pauvre Lazare. Elle parle du sort des hommes après leur mort, elle révèle la loi de la rétribution divine : « Souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que Lazare a eu les maux pendant la sienne ; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres » (Lc 16,25). Une loi de la vie spirituelle en découle : sur le chemin du salut, il est impossible d’échapper aux afflictions. Non pas que le christianisme soit une religion pessimiste, comme la philosophie laïciste et athéiste nous en a souvent accusés. Mais parce que sans les souffrances, il n’y a pas de prise de conscience profonde, authentique, de soi-même, et que la voie de la perfection ne se découvre pas.

Toute expérience humaine terrestre exige des efforts. Dans l’art et dans l’artisanat, l’expérience, vient au prix de longues années de travail, après de nombreux essais, de nombreuses erreurs. La vie des saints montre qu’il est encore plus difficile d’acquérir de l’expérience dans la vie spirituelle, qu’elle exige des efforts et des sacrifices encore plus grands. Parce que la réalité de la vie éternelle est l’expérience d’une existence totalement différente, à laquelle il est difficile d’être prêt.

Si l’homme est prêt à cette vie nouvelle, le passage vers elle s’effectue facilement : Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham (Lc 16,22). S’il n’est pas prêt, l’avenir le frappe brutalement et impitoyablement, c’est la tombe qui l’attend, et il n’y a plus rien à dire de son avenir : Le riche mourut aussi, et il fut enseveli (Lc 16,22).

Le riche de la parabole n’a pas l’air d’un mauvais homme. Il s’inquiète du sort de ses frères, restés dans le monde terrestre. Il n’est pas arrogant et connaît de nom le pauvre inconnu qui git aux portes de son palais. Peut-être même lui a-t-il quelques fois fait porter quelques miettes de sa table... Mais l’existence du malheur et de la misère d’autrui, voisinant avec sa prospérité et son bonheur matériel, ne le trouble nullement.

Le riche croyait pouvoir vivre toute sa vie dans l’abondance et le confort, tout en plaisant à Dieu. Il lui semble tout à coup que la religion « l’a mal informé », que les gens vivent au jour le jour sans croire à la vie éternelle, uniquement parce qu’on ne leur en a pas parlé de façon convaincante. Il suffirait que Lazare ressuscite, qu’il parle aux hommes de la vie outre-tombe, pour qu’ils croient en Dieu et que la sécheresse et l’indifférence fassent place en eux à la charité et à la compassion envers le prochain.

Le riche de la parabole ne veut pas compendre que la charité et la compréhension du malheur d’autrui s’apprennent. Qu’on ne peut pas partager les souffrances d’autrui sans les avoir jamais éprouvées soi-même. Que le rejet des difficultés terrestres, le désir de vivre dans un confort permanent et de consommer est un choix conscient en faveur de l’égoïsme, de la violence et de la cruauté. Qui fait ce choix est sourd à sa conscience et aux souffrances d’autrui, il est sourd à la voix de l’Écriture et aux témoignages des miracles : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait (Lc 16,31).

Le riche égocentrique n’a jamais su que l’authentique connaissance de la vie éternelle et la compréhension de la vie terrestre ne sont possibles que par l’amour du Christ. Il faut, selon le mot du héros de Dostoïevski, aimer la vie avant d’en aimer le sens, et le sens de la vie deviendra simple et clair dans le Christ, qui a dit Lui-même être la voie, la vérité et la vie (Jn 14,6).

Dans la société d’aujourd’hui, le culte du confort et de la consommation font reculer de plus en plus les valeurs éternelles. Mais l’expérience de notre peuple dans l’histoire nous enseigne autre chose : il a perçu dans la souffrance une « nécessité spirituelle », suivant la juste observation de ce même Dostoïevski. Sans la foi en Dieu, notre peuple n’aurait jamais pu supporter ni donner un sens à toutes les souffrances qu’il a subies durant son histoire, comme le Lazare de l’Évangile.

Le XXe siècle a commencé par un bouleversement social, par une guerre terrible, par la chute d’un empire orthodoxe et par une division qui a marqué des millions de destinées humaines. Beaucoup de nos compatriotes ont été forcés de quitter leur Patrie. De l’Église russe pendant ces années, on peut dire avec la grande poétesse : « J’étais alors avec mon peuple, là où mon peuple était malheureusement. » Ici, en Russie, l’Église a porté avec le peuple la croix des persécutions athées. Là-bas, à l’étranger, elle a partagé avec les fidèles la misère et les amères privations de l’exil.

Le ménologe propose presque tous les jours la mémoire d’un nouveau-martyr. Saint Damien, archevêque de Koursk, est l’un des martyrs dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire. La veille de sa mort, il prédit à ses confrères des Solovki que l’arbitraire monstrueux et les persécutions contre l’Église seraient temporaires, que « la vérité de Dieu devait triompher ». Saint Damien fut fusillé peu après, au tristement célèbre lieu-dit de Sandarmokh, où furent cruellement mis à mort tant d’honnêtes citoyens et de fidèles enfants de notre Église. Mais la prophétie s’est pleinement réalisée : la vérité de Dieu ne cesse de triompher, et nous sommes les témoins vivants de ce triomphe.

La Providence divine a voulu que les souffrances de notre Église la conduisent au renouvellement et à un nouvel essor. Le sang de milliers de nouveaux-martyrs, versé pendant des persécutions religieuses monstrueuses et sans précédent, la sainteté d’une innombrable multitude de confesseurs, ont affermi son organisme divino-humain. L’exil tragique des Russes vers l’Europe et le Nouveau Monde a servi à la prédication de l’Évangile, au témoignage chrétien à l’Occident, lui aussi frappé d’une profonde crise spirituelle.

Le plérôme de nos communautés ecclésiales a participé tout entier à cette prédication, plus particulièrement en Europe : sages archipasteurs ayant su organiser la vie de l’Église dans un contexte nouveau ; moines ayant fondé de nouveaux monastères au lieu de ceux qu’ils avaient laissés ; philosophes et théologiens, formant la célèbre École de Paris ; simples prêtres de paroisses, ayant partagé les difficultés de leurs ouailles, et donné l’exemple de la piété ; enfin, fidèles, hommes pieux dont était si riche l’ancienne Russie.

Les difficultés de la guerre civile et la situation politique complexe en Russie ont provoqué à l’époque une séparation temporaire et anormale d’une partie importante des hiérarques à l’étranger avec l’Église russe. Les plaies de cette séparation ont été partiellement refermées en 2007 par un rattachement avec l’Église orthodoxe russe, qui a causé la joie non seulement de l’Église orthodoxe russe, mais de l’ensemble de l’Orthodoxie dans le monde entier. Aujourd’hui, notre Église est à nouveau en fête : les communautés de l’Archevêché des églises de tradition russe en Europe occidentale, qui avaient temporairement quitté notre juridiction il y a 88 ans, reviennent vers nous, Son Éminence Mgr Jean de Doubna en tête. J’y vois une triomphe de la vérité et de l’amour du Christ.

Les enfants de notre Église en Europe sont passés par tout ce dont parle l’apôtre Paul, décrivant les circonstances de sa prédication : les privations matérielles et le besoin, un travail épuisant, les moqueries de l’entourage et même les persécutions et le péril parmi les faux frères (II Co 22,26). Afin de continuer aujourd’hui leur mission évangélique, elles ne consultèrent ni la chair, ni le sang (Ga 1,16), comme le disait l’Apôtre dans la lecture de ce jour, mais elles ont fait le bon choix, celui de l’unité de l’Église, de l’unité de leurs communautés et de la sauvegarde de leur tradition. Dieu fasse que le retour à l’Église russe les affermisse et les aide à poursuivre leur ministère, tant auprès des milliers de nos compatriotes qui résident en Europe occidentale, qu’auprès des habitants de souche des pays européens.

Je vous remercie, cher Monseigneur Jean, je remercie vos pasteurs et vos fidèles, de la détermination et de la fermeté dont vous avez fait preuve dans les circonstances difficiles qui ont entouré votre retour ; je vous remercie de notre prière commune, ici, à Moscou, dans la principale cathédrale de l’Église russe, et je suis heureux de vous dire à tous : bienvenue chez vous !

Je souhaite offrir à l’Archevêché des églises de tradition russe en Europe occidentale un reliquaire, contenant de vénérables reliques de saint Tikhon, confesseur, patriarche de Moscou et de toute la Russie, ainsi qu’une icône des saints nouveaux-martyrs et confesseurs de l’Église russe qui participèrent au Saint Concile en 1917-1918. On sait que ses décrets ont eu une importance particulière dans la vie de l’entité ecclésiale russe en Europe occidentale présidée par le métropolite Euloge, de bienheureuse mémoire, qui participa à ce Concile historique, et pour le repos de l’âme duquel nous avons prié ensemble aujourd’hui. Que ces dons de l’Église-mère soient le signe de la succession spirituelle et du lien immuable dont nous fêtons aujourd’hui solennellement le renouveau.

Quant à vous, Monseigneur, métropolite Jean, je veux vous remettre cette panagia et cette croix gravées en mémoire de ce jour. Recevez-les comme un témoignage de l’amour avec lequel vous accueille vous, natif de France, la grande et véritablement multinationale Église russe.

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