Le 4 septembre 2018, le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie est arrivé à Saint-Pétersbourg pour présider les célébrations du 40e anniversaire du décès de son maître et père spirituel, le métropolite de Léningrad et de Novgorod Nicodème (Rotov, 15 octobre 1929 – 5 septembre 1978).

A son arrivée à la capitale du Nord, le premier hiérarque russe s’est rendu à l’Académie de théologie de Saint-Pétersbourg. C’est, en effet, grâce aux efforts de Mgr Nicodème que l’enseignement et le développement de la théologie en tant que science reprirent dans les écoles religieuses des rives de la Neva, grâce à lui aussi que l’académie put rester ouverte durant les années de persécutions sous Khrouchtchev.

Le primat de l’Eglise orthodoxe russe était attendu devant les portes de l’Académie par le métropolite Barsanuphe de Saint-Pétersbourg et de Ladoga, chancelier du Patriarcat de Moscou, et par l’évêque Séraphin de Peterhof, recteur de l’Académie et du séminaire.

Sa Sainteté s’est rendue à l’église de l’académie, dédiée à Saint-Jean-le-Théologien.

Depuis l’église le patriarche s’est dirigé vers la Salle des Actes, où a eu lieu une soirée pour commémorer le 40e anniversaire du décès du métropolite Nicodème.

Prenaient part à la manifestation : le métropolite Juvénal de Kroutitsy et de Kolomna ; le métropolite Barsanuphe de Saint-Pétersbourg et de Ladoga ; le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou ; le métropolite Platon de Feodossia et de Kertch ; le métropolite Irénée de Dniepropetrovsk et de Pavlograd ; le métropolite Isidore d’Ekaterinodar et de Kouban ; le métropolite Léon de Novgorod et de Staraïa Roussa ; le métropolite Cyrille d’Ekaterinbourg et de Verkhotourié ; le métropolite Séraphin de Penza et de Nijni Lomov ; l’archevêque Simon de Bruxelles et de Belgique ; l’archevêque Séraphin de Kaliningrad et de la Baltique ; l’archevêque Serge de Solnetchnogorsk, directeur du Secrétariat administratif du Patriarcat de Moscou ; l’évêque Ignace de Vyborg ; l’évêque Marcel de Tsarskoïé-Sélo ; l’évêque Nazaire de Cronstadt ; l’évêque Nicodème d’Edinets ; l’évêque Ephrem de Borovitchi et de Pestovo ; l’évêque Mstislav de Tikhvine et de Lodeïnoïé Polié ; l’évêque Arsène d’Iouriev ; l’évêque Pierre de Loukhovitsy ; l’évêque Séraphin de Peterhof ; ainsi que de nombreux clercs de Saint-Pétesbourg et de sa région, des personnalités du monde ecclésiastique et académique.

L’évêque Séraphin de Peterhof a prononcé un discours d’ouverture. Le recteur de l’Académie et du séminaire de Saint-Pétersbourg a constaté, notamment : « Le métropolite Nicodème a vécu dans un contexte d’athéisme militant. Mais il regardait avec une foi ferme vers l’avenir, vers l’époque où l’Eglise pourrait à nouveau prêcher librement et ouvertement, enseigner et évangéliser le peuple confié à sa sollicitude et à sa responsabilité pastorale. Espérant en cet avenir, l’hiérarque faisait tout pour qu’advienne la renaissance de l’Eglise, dont nous sommes aujourd’hui témoins. »

Dans son exposé sur la vie et le ministère du métropolite Nicodème, le métropolite Barsanuphe de Saint-Pétersbourg et de Ladoga a souligné : « L’héritage du métropolite Nicodème, ce sont ses disciples, ceux qui poursuivent son oeuvre principale : que l’Eglise orthodoxe russe puisse porter pleinement aux hommes la lumière du Christ, de la Vérité. Dans l’histoire de notre Eglise, il y a eu des personnalités qui ont donné leur nom à toute une époque. Son Eminence le métropolite Nicodème a été l’une de ces personnalités. Il n’était pas seulement un homme de son temps, donnant ses forces pour le bien de l’Eglise du Christ, il dépassait le présent parce qu’il était tourné vers l’avenir. « J’ai besoin de lutter, disait-il, l’histoire me jugera. »

« L’hiérarque agissait sur tous les fronts. En dehors des obédiences qu’il remplissait, il a été évêque diocésain de Leningrad (Saint-Pétersbourg) entre 1963 et 1978 (près de 15 ans), étant le 30e évêque de la ville depuis la création du diocèse. Pour la première fois, ce siège si important a été administré par le plus jeune des métropolites de son temps. Il n’avait que 34 ans. Il n’était pas un hiérarque typique de son époque. Au lieu de se contenter de diriger son diocèse sans bruit, comme l’auraient voulu les autorités, Mgr Nicodème a entrepris de réformer de nombreux aspects de la vie de l’Eglise, de les remettre en ordre. »

« Les écoles de théologie de Leningrad avaient besoin qu’on leur consacrât une attention particulière. Sous le métropolite Nicodème, elles devinrent la carte de visite du diocèse et de toute l’Eglise russe. Ce n’est un secret pour personne que les autorités soviétiques, au début des années 1960, avaient prévu de les fermer. On sait que l’archipasteur avait accepté le siège de Leningrad uniquement pour l’empêcher. Comprenant l’importance de l’enseignement religieux pour les futurs ministres du culte, il a créé une faculté afro-asiatique où étaient formés des étudiants étrangers, pour éviter la fermeture de l’établissement, et la question ne s’est plus posée » a raconté le chancelier du Patriarcat de Moscou.

« A 49 ans, le métropolite Nicodème était déjà très malade, il avait eu six infarctus. Les médecins lui prescrivaient le repos et des soins, mais, même sur son lit d’hôpital, il se faisait du souci pour ses ouailles. Voici ce qu’il écrivait au patriarche Pimène : « Pendant ma maladie, l’année dernière, mon vicaire, Son Eminence l’évêque Méliton, a dû célébrer plus souvent les offices dans les églises du diocèse et recevoir les visiteurs. Le secrétaire venait souvent me voir, et nous restions en contact régulier par téléphone. » Le métropolite Nicodème a célébré un dernier office liturgique dans la ville sur la Neva le 5 août, à l ‘église de la Sainte-Trinité dite « le koulitch sur la paskha ». Un mois plus tard, le 5 septembre, il a été rappelé à Dieu. Pour terminer ce bref aperçu de la vie d’un homme étonnant, j’aimerais dire que, par son exemple et par son abnégation dans le service de l’Eglise orthodoxe russe, il est entré dans l’histoire non seulement comme un ecclésiastique et comme un homme public éminent, mais aussui comme un archipasteur capable de donner sa vie pour les autres, selon la parole de notre Seigneur Jésus Christ » a conclu le métropolite Barsanuphe.

Ensuite, une composition musicale et littéraire en mémoire du métropolite Nicodème a été présentée, accompagnée d’une démonstration de photos et de vidéos. Des interviews du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, du métropolite Juvénal de Kroutitsy et de Kolomna, de l’archiprêtre Pavel Krasnotsetov, de l’archiprêtre Bogdan Soïko, de l’archiprêtre Nikolaï Teteriatnikov, de l’archiprêtre Alexandre Ranne, de l’archiprêtre Vassili Stoïkov, de l’archidiacre Andreï Mazour ont été incluses à la composition.

Les chants étaient interprétés par la chorale masculine de l’Académie de Saint-Pétersbourg, la chorale féminine de l’Académie, le chœur mixte et le grand chœur.

Le patriarche Cyrille a prononcé un discours à la fin de la soirée :

« Eminence, Monseigneur Barsanuphe, chers frères archipasteurs, chers enseignants, professeurs, étudiants, vous tous qui participez aujourd’hui à cette excellence soirée,

Je ne pense pas qu’il faille ajouter quelque chose à tout ce qu’on vient d’entendre et de voir. Je tiens seulement à remercier cordialement tous ceux qui ont préparé cette soirée, qui, j’en suis sûre, restera dans la mémoire de chacun d’entre nous. Elle nous a permis de commémorer dignement le métropolite Nicodème à la veille du 40e anniversaire de son trépas, de se souvenir de cette personnalité hors du commun et de son cheminement si particulier. Que le Seigneur fasse reposer dans le Royaume des Cieux le métropolite Nicodème, de bienheureuse mémoire. A nous tous, à ceux qui l’ont connu de son vivant, à ceux qui ne l’ont pas connu mais qui ont senti et compris quelque chose, peut-être grâce à cette soirée, je souhaite de refléter dans sa propre vie, dans la voie du service du Seigneur, ne serait-ce qu’une petite part de ce qu’a fait ce grand homme. Souhaitons-lui le Royaume des Cieux et le repos éternel ! »

Ensuite, l’assistance a chanté le « Mémoire éternelle » pour le métropolite Nicodème.

Sa Sainteté a offert à l’Académie une icône de saint Cyrille et de saint Méthode, ainsi qu’une Bible anglaise ancienne, provenant de la bibliothèque patriarcale, destinée à la bibliothèque de l’établissement.