Le métropolite Gabriel de Loveč (Église orthodoxe bulgare) a répondu aux questions du journal « Argumenty i fakty ».

– Monseigneur, vous faisiez récemment parti de la délégation présidée par le chef de l’Église bulgare, le Patriarche Néophyte, lors de son voyage en Russie. Comment la Russie a-t-elle accueilli cette délégation, et quelles sont vos impressions ?

 

–          Je dois dire que nous avons été accueillis très cordialement et très chaleureusement. Le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie nous a accordé énormément d’attention. Nous avons concélébré avec lui deux Liturgies, nous l’avons rencontré pour discuter des problèmes actuels de la vie de l’Église, les nôtres et ceux de l’Église russe.

Partout les gens nous ont accueilli très cordialement, mais cela ne nous a pas étonnés : ce n’était pas la première fois que nous étions en Russie, et nous savons comment l’Église russe et le peuple russe orthodoxe perçoivent la Bulgarie.

Nous avons été particulièrement heureux de voir les changements positifs survenus dans votre pays et dans l’Église. Nous étions déjà venus à un certain nombre d’endroits, et nous avons pu constater de nos yeux à quel point la Russie s’améliore. Votre pays devient un état orthodoxe plus fort, plus puissant, un état avec une présence orthodoxe dans la vie et dans l’esprit.

La prospérité de l’Orthodoxie se voit un peu partout : dans les nombreux monastères, nouveaux ou restaurés, dans le nombre croissant de moines et de moniales, dans le fait que les gens s’efforcent de revenir aux mœurs et aux règles patristiques, dans les monastères et dans la vie courante. Un grand nombre de nouvelles académies de théologie et de séminaires a ouvert, ceux que nous avons visité pourraient servir d’exemples, il faut employer les nouvelles technologies pour mieux enseigner aux élèves et aux étudiants. J’ai été vraiment impressionné, en particulier par le séminaire du monastère de la Sainte Rencontre (Sretensky). Les conditions sont parfaites, il n’y a qu’à étudier ! Nous nous réjouissons de ce que la Russie n’est pas seulement un pays orthodoxe, mais aussi un pays puissant, et pas seulement puissant, mais aussi orthodoxe.

– La Bulgarie est la patrie de saint Cyrille et saint Méthode, qui ont donné à la Russie son écriture, ce que notre pays n’a jamais oublié. Comment voit-on ces saints en Bulgarie même ? Sont-ils vénérés, considérés comme un symbole d’unité de nos deux pays ?

–          En Bulgarie, la vénération et le respect envers l’œuvre des deux frères et envers eux-mêmes est exceptionnelle. Pendant l’époque de l’athéisme, alors que tout ce qui venait de l’Église était rejeté, alors qu’on affirmait que l’Église n’avait rien donné de positif, même alors l’œuvre des saints frères était honorée. Pendant mes études, nous allions manifester le 24 mai, cette journée était fêtée comme la journée de l’écriture, de la science, de la culture. Durant ces mêmes années, des monuments aux saints frères ont été érigés, un monument a même été offert à la ville de Mourmansk au début de la Perestroïka. Mais, nous avons aujourd’hui une manière plus adaptée de fêter la mémoire des saints frères. L’état les fête avec l’Église et la fête a pris un nouveau sens.

Nous avons beaucoup d’églises et de monastères dédiés à saint Cyrille et à saint Méthode, d’écoles, d’universités, de rues et de places. A Loveč, nous construisons une cathédrale, la plus grande du diocèse, et l’autel principal sera consacré aux saints Cyrille et Méthode, la fête municipale de Loveč, avant la guerre, étant justement le jour de la mémoire des saints frères, et elle a été restaurée.

Tous les Bulgares sont heureux de ce que l’héritage des saints frères ait été préservé et continue à croître dans notre pays. C’est une énorme contribution de la Bulgarie au trésor spirituel et culturel des peuples slaves.

Concernant la deuxième partie de votre question, je dois dire que la spiritualité orthodoxe et la foi orthodoxe ont toujours été à la base des relations entre nos pays. Lorsque la Russie et la Bulgarie étaient païennes, les rapports étaient tout différents. Nous n’avions rien en commun, si ce n’est la ressemblance de nos langues. Mais la foi orthodoxe a créé des liens, forts, puissants, qui ont survécu à différentes épreuves. Ce sont eux qui ont préservé notre amitié.

Sans le tsar Boris, qui baptisa le peuple bulgare, l’œuvre des saints frères aurait pu être détruite, et la foi orthodoxe n’aurait pas pu s’enraciner dans la vie et le quotidien des peuples slaves. Les saints frères ont traduit les livres les plus importants des Saintes Écritures, les livres liturgiques, certaines œuvres patristiques dans une langue compréhensible pour les Slaves, grâce à quoi ils sont entrés profondément dans la conscience de tous les Slaves.

Une langue commune, des fondateurs communs unissent les Slaves : tel est le fondement de l’éternelle amitié, la base de la culture spirituelle de tous les peuples slave. Pendant l’époque communiste, en Russie, leur mémoire n’était presque pas fêtée. Aujourd’hui, comme me le disait le Patriarche Cyrille, beaucoup de villes russes fêtent le 24 mai, mémoire des saints frères, avec beaucoup de solennité, sous l’appellation de Journée de l’écriture et de la culture slaves.

– En Russie, mais aussi en Biélorussie et en Ukraine, la Journée de l’écriture slave est traditionnellement une grande fête. On s’est mis progressivement à la fêter dans presque toutes les villes de notre pays. Mais la situation dans le monde est aujourd’hui complexe. Comment réconcilier deux peuples frères, les Russes et les Ukrainiens, unis par une même foi dans une même Église ?

–          Dans ce cas concret, je répondrais uniquement par quelques mots : sagesse, douceur, patience et amour.

– Les Bulgares et les Russes sont traditionnellement amis. Comment faire pour que nos états et d’autres non seulement vivent en paix entre eux, mais encore préservent la paix à l’intérieur du pays ? Quelle est l’expérience de la Bulgarie dans ce domaine ?

–          La meilleure base pour l’amour et paix, c’est la doctrine du Seigneur Jésus Christ. Il faut s’efforcer d’ecclésialiser les gens, de leur faire connaître le christianisme, et plus particulièrement l’Orthodoxie qui a conservé la plénitude de la Vérité du Christ. Il faut enseigner la foi aux enfants depuis leur plus jeune âge. A ce propos, je suis heureux pour la Russie, qui a récemment introduit l’étude des Bases de la culture religieuse sur l’ensemble de son territoire. C’est ce que nous voulons faire ici. En Bulgarie, la situation est actuellement différente, et moins d’1% des enfants étudient l’Orthodoxie, suivant les statistiques. Je pense cependant qu’il y a beaucoup plus de parents qui le souhaitent. Il faut donc que nous leur en donnions la possibilité, pour que leurs enfants étudient l’Orthodoxie, car elle est une très grande force dans l’éducation de la jeunesse.

A l’époque du communisme, les règles étaient strictes, beaucoup de choses nocives étaient interdites par l’état. A présent, le moment vient tôt ou tard où seules les personnes bien formées et bien élevées peuvent résister aux épreuves, aux tentations placées devant les jeunes gens. Nous nous efforçons d’influer sur les gens par l’éducation orthodoxe, car nous savons que les commandements d’amour de Dieu et du prochain découlent de l’Évangile. Aimer son prochain comme soi-même, ou même, suivant de nombreux pères, l’aimer plus que soi-même. Il est dit : aimez même vos ennemis. Que peut-il y avoir de plus puissant pour la compréhension mutuelle ? On parle beaucoup de tolérance, aujourd’hui. Aimer son ennemi, ce n’est pas de la tolérance, c’est une véritable manifestation d’amour christique. Si nous regardons ainsi notre entourage, il n’y aura pas de guerre, lesquelles découlent des passions et du péché. Si nous parvenons à transmettre la foi au plus grand nombre, à faire en sorte qu’ils aiment le Christ, qu’ils aiment l’Évangile, alors il y aura compréhension, amour, pardon mutuel, esprit d’abnégation.

Propos recueillis par Youlia Toutina