Le 10 septembre 2011, au cours de l’émission « l’Église et le monde » consacrée à la liberté religieuse et aux persécutions contre les chrétiens, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou a raconté entre autres ses visites au Proche-Orient.

Au cours de ses voyages en Turquie, Syrie et Israël, le président du DREE a rencontré le patriarche Bartholomée de Constantinople, le patriarche Ignace d’Antioche, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Le métropolite a décrit pour les téléspectateurs de « l’Église et le monde » la situation des chrétiens dans cette région, la qualifiant de « très difficile, voire tragique dans bien des cas ». « Dans certains pays, les chrétiens sont menacés, a souligné le métropolite Hilarion. Aujourd’hui beaucoup reconnaissent que le problème de la christianophobie a longtemps était tenu caché, on commence depuis peu à en parler. Il n’y a pas si longtemps, j’ai participé à une conférence entre chrétiens, juifs et musulmans en Hongrie. Le représentant de l’OSCE a produit la statistique suivante : toutes les cinq minutes un chrétien meurt dans le monde. Sur une année, ce sont donc environ 105 000 chrétiens qui meurent victimes de la violence religieuse ».

Suivant les données de la Commission des conférences épiscopales d’Europe, qui réunit les représentants des conférences épiscopales catholiques des pays membres de l’Union européenne, chaque année environ 170 000 chrétiens dans le monde entier sont victimes de persécutions. Ce sont « des chiffres très élevés, qu’il est interdit d’ignorer », a souligné le président du DREE. « Malheureusement, nous observons aujourd’hui une dégradation de la situation des chrétiens dans différents pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, liée en particulier aux changements de régimes politiques. Dans certains pays, les régimes politiques sont renversés avec l’aide de puissances étrangères. Le but ouvertement déclaré est de fonder un état démocratique, mais ces révolutions politiques occasionnent de terribles souffrances aux chrétiens. » « Les chrétiens de ces pays deviennent les otages et les victimes » des conflits armés qui se produisent dans ces pays, a poursuivi Mgr Hilarion.

Il a rappelé que l’Église orthodoxe russe était constamment en dialogue avec les représentants d’autres confessions chrétiennes, ainsi qu’avec les représentants d’autres religions, afin « d’élaborer ensemble des mécanismes qui permettraient de prévenir les conflits et l’exode des chrétiens, forcés de quitter des terres sur lesquelles ils vivent depuis des siècles ».

Le chef du DREE a également souligné que le Patriarcat de Moscou exprimait sa solidarité avec les musulmans qui souffraient de violations de leurs droits et libertés religieuses en Europe. « Nous affirmons que toute violation de la liberté religieuse est intolérable, que les gens doivent avoir le droit d’exprimer publiquement leur religion, y compris, par exemple, celui de porter le vêtement que prescrit telle ou telle religion ». Cependant, estime le métropolite, « une certaine réciprocité » doit exister dans ce domaine. « Nous savons qu’il est totalement interdit de construire des églises dans certains pays, a remarqué Mgr Hilarion. En Arabie Saoudite, par exemple, il est impossible de bâtir une église. On peut alors se poser la question : pourquoi devrait-on construire des minarets dans un pays chrétien si l’on ne peut pas construire d’église en pays musulman ? Je pense que le dialogue doit se poursuivre dans ce sens. Et nous devons finalement parvenir à ce que les droits des minorités religieuses ne soient enfreints nulle part, ni dans le monde chrétien, ni dans le monde occidental contemporain, qu’il est difficile d’appeler chrétien car sa législation est inspirée des normes sécularistes, ni en aucun autre lieu. Nous devons créer ensemble un monde harmonieux dans lequel coexisteraient les représentants de différentes religions et idéologies. » Par ailleurs, a remarqué le président du DREE, l’Église peut et doit inviter les hommes politiques à tenir compte de la situation des minorités religieuses dans la prise de décisions politiques.

« Dans notre pays, différentes mécanismes permettent aux représentants de différentes religions de collaborer. Parmi eux, citons le Conseil interreligieux de Russie qui comprend des représentants de toutes les religions traditionnelles. Il se réunit régulièrement pour discuter des problèmes courants », a rappelé lé métropolite. Selon lui, de tels mécanismes devraient exister dans d’autres pays, en particulier au Proche Orient.